La mémoire est un thème récurrent et structurant dans mon travail. L’expérience de la démence de mon père a suscité une réflexion soutenue sur le souvenir et l’oubli, la présence et la perte. Mes œuvres se déploient souvent par couches, répétitions et superpositions, faisant écho à la nature fragmentaire, instable et fluctuante de la mémoire elle-même. Plutôt que de proposer des récits figés, ces œuvres invitent le spectateur à un processus d’accumulation, d’érosion et de reconfiguration.

La mémoire, l'interpretation et la perte

Melting Facsimiles est une série de sculptures en cire noire qui explore la transformation et l’impermanence à travers le processus littéral de la fonte. La forme initiale est une figure humaine pleinement constituée avec tête, cou, épaules et torse allongé. Les sculptures suivantes enregistrent des stades de décomposition : le visage fond progressivement, puis la tête entière se liquéfie avec des coulures de cire s’étendant le long du torse, jusqu’à ce que la figure s’effondre finalement en une grande flaque abstraite.

Cette progression capte la vulnérabilité de la forme humaine et propose une réflexion sur le passage du temps, la mémoire et l’identité. Bien que l’œuvre soit figurative, le processus de fonte abstrait la figure au fil du temps, soulignant la transformation comme un phénomène inévitable et observable.

Cire noire
2018

Again and Again poursuit mon investigation sur la mémoire, la répétition et la défiguration. Avec le temps, ma recherche s’est élargie au-delà du personnel. Je me suis intéressé au fait que la mémoire est intrinsèquement instable pour tous les humains : lorsqu’un souvenir est rappelé, il n’est pas récupéré intact, mais reconstruit à partir de la dernière fois où il a été remémoré. Les recherches en neurosciences sur la reconsolidation de la mémoire — notamment les travaux du professeur Karim Nader et de son équipe à Université McGill — démontrent que les souvenirs se modifient chaque fois qu’ils sont réactivés, se reconfigurant au niveau moléculaire avant d’être stockés de nouveau.

Dans cette œuvre, des mots écrits à l’encre sont retracés à répétition d’une feuille à l’autre. À chaque itération, de légères distorsions s’accumulent jusqu’à rendre le texte presque illisible. Le processus reflète à la fois la mécanique neurologique de la reconsolidation de la mémoire et l’expérience émotionnelle de la perte de mémoire, où le sens persiste même lorsque la clarté s’efface. Reliée à l’aide d’une méthode artisanale rustique de reliure à la main et présentée ouverte comme une forme sculpturale, l’œuvre met l’accent sur la durée, la vulnérabilité et la disparition silencieuse de la certitude. Le langage devient un résidu — une trace visible d’une mémoire en mouvement plutôt qu’un enregistrement fixe.

Encre sur papier, ficelle de jute
2024

Cette sculpture de tête marque une exploration profondément personnelle de l’impermanence, de la vulnérabilité et de la forme humaine. Réalisée au début du parcours de démence de mon père, l’œuvre reflète les changements physiques et émotionnels dont j’ai été témoin — les joues creusées contrastant avec des pommettes saillantes évoquent la fragilité et la perte, tandis que les formes arrondies traduisent la résilience et la présence.

L’émail s’écoule sur les surfaces de la tête, accentuant à la fois la forme naturelle et le flux imprévisible de la matière. Ce processus fait écho aux transformations graduelles et incontrôlables inhérentes à la vie, à la mémoire et au corps.

Argile rouge avec émail vert, noir et brun clair
2018

Cette œuvre réunit trois axes récurrents de ma pratique : une réflexion éthique sur les matériaux développée à travers des projets collaboratifs de « haute trash », mon investigation de la dissolution par la répétition, et mes connaissances en joaillerie de métaux fins.

J’ai sculpté un seul visage en cire, puis l’ai coulé en argent. Ce moulage en argent est ensuite devenu le modèle du moulage suivant, et le processus a été répété séquentiellement jusqu’à produire dix-sept visages en argent. Chaque itération porte de légers déplacements et une perte de détails, rendant visible une progression de transformation par reproduction. Plutôt que de viser la précision ou la similitude, l’œuvre accueille l’érosion comme une force active. Les visages, tous marqués par une expression neutre, sont assemblés en diagonale à travers un cadre gris trouvé, d’un coin à l’autre. Un sable gris pâle remplit l’arrière-plan du cadre, donnant l’impression que les visages émergent de — ou s’enfoncent dans — un sédiment. Cette pièce encadrée est centrée à l’intérieur d’un second cadre de miroir usagé, lui aussi trouvé et peint en gris, renforçant l’usage de matériaux récupérés et la réutilisation éthique.

Une palette restreinte et aplatie de surfaces grises mates contraste avec les visages en argent poli et le miroir réfléchissant. Bien que les visages demeurent émotionnellement neutres, le miroir implique directement le spectateur en insérant son propre reflet dans l’œuvre. La pièce invite à réfléchir à l’identité, à la mémoire et à l’autorat, suggérant que la répétition ne préserve pas la forme mais la transforme lentement — et que l’observateur fait inévitablement partie de ce processus.

Argent, bois, miroir
Installation sculpturale murale
2025